CADRE ET ENVIRONNEMENT
Chérence est construite au bord du
plateau crayeux qui domine la vallée de la Seine, entre Vétheuil et
La Roche Guyon.
Aux marches de L'Ile de France, aux portes de la Normandie, à
quelques pas de la route des Crêtes il surplombe la plaine de
Moisson et la Vallée de l'Epte.
Chérence se dresse à l'entrée d'une petite valleuse herbue
déboulant vers Amenucourt comme la garde tutélaire des forêts de
Villers et de la Roche, vestiges mutilés de la forêt médiévale
d'Arthies courant « sur 23 paroisses, quatre lieues et demie depuis
le village d'Arthies jusqu'au village de Chérence et de la ferme du
Chesnay ». Cette faction bien tranquille dans la verdure lui donne
un charme discret et de bon aloi, voire austère, à l'abri des murs
de pierres sèches ou enduits d'un grossier mortier de chaux.
Cette retenue, ce quant-à-soi procure toutefois une émotion
intense, un moment de distraction de l'esprit, lorsque les nuages
orageux ou bas de l'automne filent sans retenue au-dessus des toits
de tuiles ou d'ardoises ; lorsque les soleils de l'été échauffent
la plaine ; lorsqu'au détour du carrefour des Trois-Cornets, la
neige parfois, noyant les bosses et leschemin creux, le fait
apparaître, comme jaillit une île, du moutonnement des
vagues.
Derrière les Roches Blanches, Chérence ouvre les vastes espaces du
Vexin français mais aussi ceux proches du Vexin Normand.
Ce site est si particulier qu'il fut l'un des premiers du Vexin a
être protégé, que certains de ses écarts font le plaisir du
naturaliste à la recherche de diverses orchidées et du busard Saint
Martin. Mais cet environnement naturel est très fragile, il faut le
respecter. La circulation abusive des motos et véhicules « tous
terrains » sur les chemins et sentiers met en péril, condamne à
très brève échéance une flore connue comme exceptionnelle. Le site
des Roches Blanches marque la limite Nord de certaines plantes
méditerranéennes.
HISTORIQUE
La présence humaine est ancienne à
Chérence.
En 1834, au hameau de Bézu aujourd'hui
abandonné, on mit au jour un dolmen, ce mégalithe disparut vers
1870. On observait encore vers la même époque, à l'entrée du
village, les vestiges d'une tour ou plus prosaïquement des restes
d'un moulin à vent. Des prospections et fouilles conduites par le
Centre de recherches archéologiques du Vexin français dans les
années soixante et soixante dix ont révélé plusieurs sites
préhistoriques et gallo-romains.
La première citation de Chérence, nommé Sigrancia, remonte au
IXième siècle, dans un dénombrement des biens de l'abbaye de Saint
Denis. Un quartier du village s'appelle encore à l'heure actuelle,
le Tertre Saint Denis. Bézu est apparemment plus ancien : il
est cité en 750 dans un diplôme de Pépin le Bref comme relavant du
domaine dionysien depuis 716. En 1250, Guillaume de Bézu est cité
par un sire de la Roche comme témoin d'une donation. La seigneurie
dépendait des sires de la Roche Guyon, en 1261 Jean de la Roche
confirme la donation d'un fief à l'abbaye Notre Dame du Bec
Hellouin par ailleurs en possession du patronage de l'église de la
Translation de Saint Denis et de la dîme de la paroisse. Cette
propriété lui avait été confirmée en 1141 par l'archevêque de
Rouen, Hugues d'Amiens.
Jusque vers les années 1670, Haute Isle fut une desserte de la
paroisse de Chérence.
Plusieurs familles se partagèrent jusqu'au XVIIème siècle la
possession des fiefs du lieux, notamment celui de la Tour par les
de Mornay, déjà installés à Villarceaux. L'hôtel-dieu de Mantes y
avait des terres vers la Goulée.
Au moyen Age, des habitants de Chérence étaient
« communiers » de Mantes, relevant de la charte communale
de cette ville et comme tels soumis à l'autorité de son maire
prévôt pour tout ce qui touchait à la justice, l'impôt et la
milice. En 1789, Chérence comptait 87 « feux » dont les
chefs sont tous de condition modeste, parmi eux on relève un
charron, un tailleur d'habits, un tisserand, deux maçons et un
berger.
LES CARRIERES
La réputation de Chérence est attachée
depuis le Moyen Age à la qualité de la pierre extraite des
carrières qui l'entourent, partagées parfois avec les communes de
Vétheuil et de Haute-Isle.
Il n'empêche qu'en 1374 on retira de « la carrière Saint Leu
de Chérens » la pierre nécessaire à la construction de
l'église Sainte Christine du prieuré des Célestins de Limay et des
remparts de Mantes. Plus tard en 1757, 300 voussoirs du pont de
Mantes construit par Perronet furent taillés dans de la pierre de
Chérence.
Le matériau était si bon qu'on l'employa ensuite pour l'édification
de la Madeleine, de l'église Saint Vincent de Paul, de l'Arc de
Triomphe, des chevaux du pont d'Iéna, à Paris, du pont de pierre et
de l'église de Bon- Secours à Rouen ; de la chapelle de
l'Hospice Saint Charles à Rosny. L'extraction qui employait une
centaine de carriers dans les années 1830 fut abandonnée à la
veille de la seconde Guerre Mondiale. On imagine l'importance des
charrois nécessaires au transport des blocs de pierre, certains
pesant une demie tonne. En 1757, chacun des « haquets »
tirés par 5 chevaux ne pouvait faire que trois voyages par jour
pour rejoindre le port de Vétheuil.
Avant la création de la voie ferrée Gisors-Vernon par la vallée de
l'Epte en 1870, le trafic à destination de Rouen ou de Paris se
faisait par la Seine au port de Vétheuil où les
« besognes » étaient tirées par 12 à 14 chevaux. Les
tombereaux ne pouvaient circuler qu'à la bonne saison du fait du
mauvais état des chemins, pentus, défoncés par les pluies, crevés
de fondrières. A la fin du XIXème siècle, les fardiers prirent la
direction de Gasny, dans l'Eure, pour charger les plateaux au
chemin de fer. On retrouve la pierre de Chérence dans de nombreux
lavoirs de ce coin du Vexin comme margelle sur lesquelles les
lavandières battaient leur linge.
L'un des maître- carriers de Chérence, propriétaire du Château
Maigret, s'était fait construire vers 1830 par un certain Laperèle,
un cadran solaire fait de 24 cadrans donnant l'heure dans 24
endroits différents.
L'AQUEDUC
Autre curiosité : l'aqueduc, construit en 1741 oar Villars,
l'architecte de Madame la duchesse d'Enville, pour conduite à la
Roche Guyon l'eau des sources de Chérence jusqu'à une citerne
creusée dans la colline sous le donjon.. On voit encore sur son
trajet, de place en place, quelques regards de visite qui n'ont pas
été arrachés par les engins agricoles.
Les nombreuses sources existantes autour de Bézu permirent au début
du XIX siècle d'ouvrir un étang sous le hameau, ce n'est plus qu'un
souvenir difficilement discernable sur ce terrain.
MONUMENTS
Outre l'architecture et l'ordonnancement typique du village de part
et d'autre du vallon, ses lavoirs et abreuvoirs, on pourra
découvrir ici quelques monuments intéressants.
L'Eglise Saint Denis
Elle comporte deux parties distinctes. Une vaste nef d'inspiration
romane, seul vestige d'une église primitive dont nous ignorons le
plan, et une partie ajoutée au milieu du XVIème siècle comportant
un transept avec clocher central, un choeur à deux travées et
chevet polygonal flanqué de chapelles latérales.
La nef, nue, plafonnée d'un berceau de bois, sans contreforts,
montre sur son mur Nord, élevé en « opus spicatum »-
pierres disposées en arêtes de poisson-, trois petites fenêtres
romanes à linteaux monolithes évoquant une construction de la fin
du XIème. D'autres fenêtres existaient au Sud, on en devine les
vestiges sous l?enduit.
Cette nef, plus large que le transept, communique avec lui par deux
petites ouvertures, de part et d'autre du grand arc. La structure
des transepts, choeur et chapelles latérales est de type
Renaissance comme l'atteste la date de 1556 gravée sur la clef de
voûte de la chapelle Sud-Est.
Le mobilier présente quelque intérêt, notamment la clôture du
choeur en bois sculpté et le lutrin avec son piètement octogonal
tous deux ornée de motifs Renaissance : serviettes pliées,
rinceaux, etc. Deux pierres de fondation de messes sont scellées
sur les piliers du choeur, l'une datée de 1577 rappelle la donation
par Philippe Pinel de 16 perches de vigne au temporel de l'église,
l'autre de 1622 conserve le souvenir d'un don de 400 livres
tournois par Jehan Nicolle, valet de chambre de François de Silly,
duc de la Roche Guyon. Le donataire est représenté agenouillé au
pied d'un calvaire, sous les armoiries des de Silly. La cloche de
l'église porte la date de 1584.
En sortant, un coup d'oeil rapide sur la bâtiment permettra
d'apprécier l'ornementation des contreforts Nord, la sobriété du
clocher auquel on accède par un petit escalier logé dans la
tourelle d'angle de la nef.
Prieuré du Bec
Hellouin
Près de l'église se trouvent les bâtiments de l'ancien prieuré du
Bec avec son pigeonnier circulaire couvert de tuiles. Dans les
années 1900, des travaux sur la façade du bâtiment principal
révélèrent, sous l'enduit une fenêtre à réseau gothique. L'ensemble
est de belle allure lorsqu'on le découvre depuis la place du
Monument aux Morts (ne se visite pas)
Calvaires
Le calvaire de la Petite Croix, tout de simplicité au bord de la
route départementale 100, accueille le visiteur à l'entrée du
village. Dans le cimetière sont conservés les éléments remontés
d'un ancien calvaire du XVIIème siècle orné de statuettes fortement
mutilées de Saint Jean et de sainte Catherine.